Thursday, October 4, 2007

Qui gouverne ?

Au Nepal, on le sait, les choses sont rarement ce qu'elles parraissent, et les etiquettes sont trompeuses.
Les commercants n'auront pas le moindre scrupule  a vous vendre au prix fort une echarpe ostensiblement etiquetee "100% pashmina made in nepal", alors qu'elle est en realite 100% viscose made in china. Car au Nepal, plus c'est gros, et plus ca passe.

Officiellement, les Maoistes ne sont plus au gouvernement, et n'y ont jamais tenu un tres grand role. Ce sont pourtant eux qui dirigent le pays. Leur emprise ne se limite plus seulement, comme c'etait le cas ou cours des 10 annees de guerre civile, a la vie quotidienne des paysans dans les campagnes, ce qui represente quand meme les 3/4 de la population, mais aussi a la classe bourgeoise des villes qu'ils ont pu envahir grace aux accords de paix, et plus encore a l'avenir meme du pays. Cette situation on la doit d'abord aux politiciens grabataires qui pour reconquerir le pouvoir et prendre la place du roi, etaient prets a tous les compromis, jusqu'a faire pacte avec le diable.
 
Quand le venerable Girija s'est allie en grande pompe aux maoistes,  posant comme  un champion de la democratie (qu'il n'a jamais ete de toute sa carriere),  il n'imaginait pas une seconde qu'au bout du compte ce serait en realite les maoistes qui decideraient si les elections auraient lieu au pas, quand et sous quelle forme (celle qui leur conviendra le mieux). C'est bien fait pour lui sans doute, et on ne le plaindra pas. Le malheur est que dans son orgueil et son aveuglement, l'imbecile qui se voyait deja candidat au Nobel a entraine tout un pays dans une impasse, dont on peine aujourd'hui a discerner l'issue.

Monday, August 27, 2007

Prose de la rue

Je me prends souvent a penser, en regardant nos jeunes educateurs interagir avec leurs pairs, beaucoup plus ages et plus murs, montrant beaucoup plus d'assurance dans leur costume 3 pieces, qu'ils ressemblent a Mr Jourdain. Il font du "travail social", sans le savoir.

Thursday, August 9, 2007

Les indicateurs economiques du Nepal

Un site interessant pour tout savoir sur la situation economique du Nepal  (et des autres pays a travers le monde)

http://www.nationmaster.com/country/np-nepal/eco-economy

On y apprend (re-apprend) quelques verites utiles a se rememorer:

- que le Nepal est parmi les 10 pays les plus pauvres de la planette en terme de GDP/habitant (cad la valeur des biens et richesses creees par le pays en un an, 240$), au niveau de pays comme Madagascar, Rwanda, Guinee. 

- de loin le plus pauvre d'Asie du Sud (GDP du Bhutan 300$, Bangladesh 400$,  Inde 650$, Sri Lanka 1000$)

- Le premier pays d'Asie (et le 31eme dans le monde) en terme d'inegalites sociales (coefficient de Gini, cf : http://www.nationmaster.com/graph/eco_inc_equ_un_gin_ind-income-equality-un-gini-index)

Annecdotiquement, c'est aussi le:

- 171eme  sur 173 pays en terme de km de route goudronee par habitant (0.5km pour 1000 habitants, Inde: 3km/1000hbt, France:15km/1000hbt)

-143eme sur 145 pays en terme d'analphabetisme des femmes par rapport aux hommes (pour 100 hommes sachant lire et ecrire, seulement 40 femmes savent lire et ecrire).

- le SEUL pays au monde, avec les Maldives, ou l'esperance de vie des femmes est infererieure a celle des hommes

- 195eme / 199 en terme de population urbaine (avec 15% seulement de la population vivant en ville).

C'est enfin:

- le 1er pays au monde en terme de rapport du nombre d'ecoliers/nombre de professeurs dans le secondaire (61 ecoliers pour 1 prof, Inde: 18 ecoliers/prof,  France: 12 ecolier/prof)

- 1er pays au monde (avec le Bangladesh et Afghanistan) pour le % d'enfants de moins de 5 ans souffrant de maltrunition moyenne et severe: 48%.

- 5eme pays au monde pour le travail des enfants (derriere Bhutan, Mali, Burundi, Burkina Faso) avec 46% des enfants entre 10 et 14 ans exercant une activite economique (remuneree ou de subsistance).  13% en Inde.

- 2eme pays au monde pour la part de la main d'oeuvre employee dans l'agriculture: 93%. (Inde: 59%, France: 3%)

Sunday, August 5, 2007

GANDHISM

  Dr. Arun Gandhi, grandson of Mahatma Gandhi and founder of the M.K.Gand hi Institute for Non-violence, in his June 9 lecture at the University of Puerto Rico, shared the following story:
    I was 16 years old and living with my parents at the institute my grandfather had founded 18 miles outside of Durban, South Africa, in the middle of the sugar plantations.
    We were deep in the country and had no neighbours, so my two sisters and I would always look forward to going to town to visit friends or go to the movies.
    One day, my father asked me to drive him to town for an all-day conference, and I jumped at the chance. Since I was going to town, my mother gave me a list of groceries she needed and, since I had all day in town
    My father asked me to take care of several pending chores, such as getting the car serviced.
    When I dropped my father off that morning, he said, "I will meet you here at 5:00 p.m., and we will go home together."
   After hurriedly completing my chores, I went straight to the nearest movie theatre. I got so engrossed in a John Wayne double-feature that I forgot the time. It was 5:30 before I remembered. By the time I ran to the garage and got the car and hurried to where my father was waiting for me, it was almost 6:00.
    He anxiously asked me, "Why were you late?"
    I was so ashamed of telling him I was watching a John Wayne western movie that I said, "The car wasn't ready, so I had to wait," not realizing that he had already called the garage.
    When he caught me in the lie, he said: "There's something wrong in the way I brought you up that didn't give you the confidence to tell me the truth. In order to figure out where I went wrong with you, I'm going to walk home 18 miles and think about it."
   So, dressed in his suit and dress shoes, he began to walk home in the dark on mostly unpaved, unlit roads. I couldn't leave him, so for five-and-a-half hours I drove behind him, watching my father go through this agony for a stupid lie that I uttered. I decided then and there that I was never going to lie again.
I often think about that episode and wonder, if he had punished me the way we punish our children, whether I would have learned a lesson at all. I don't think so. I would have suffered the punishment and gone on doing the same thing.
But this single non - violent action was so powerful that it is still as if it happened yesterday. That is the power of non-violence

Thursday, July 26, 2007

Nouveau Nepal

Je parle peu de politique, car c'est un sujet qui echauffe rapidement la discussion, meme, et surtout, entre amateurs eclaires du Nepal. Dans le contexte que j'ai decrit, ou la verite est toujours insaisissable (notamment, pour ne pas dire en premier plan, dans ce que rapporte la presse nationale),  il est  tres difficile de se faire un idee un peu objective des faits eux memes, des tenants et des aboutissants, et que c'est pour cette raison que l'affect l'emporte souvent sur la raison.  Il ne se passe pas un jour sans qu'un journal, un parti politique ou un individu demente les propos tenus la veille par un autre organe de presse. La realite elle meme reste insaisisable au grand publique, qui baigne dans une incertitude factuelle difficile a imaginer.

Resumons: Il y a les partisans du roi, considere comme la seule autorite unifiante, ceux des partis politiques traditionnels, presentes commes les seuls representants legitimes du peuple, et ceux des maoists, et de leur revolution, jugee seule capable de balayer des siecles de feodalisme sous lesquels la societe etouffe lentement. J'ai ma propre preference bien sure, mais que je m'abstiendrai de partager, bien conscient que cela ne convaincrait personne. Je peux en revanche temoigner de la facon dont je pense les choses vont evoluer, dans les mois/annees a venir, en me basant sur ma propre analyse des evenements recents et des tendances visibles.

Les maoistes n'ont aucune affinite avec les partis politiques dits democratiques, ni avec la vie democratique elle meme. Il faut en  etre parfaitement convaincu, tout ce qu'ils ont fait jusqu'a present le prouve. Leur alliance l'annee derniere a ete purement strategique. C'etait l'unique moyen pour eux de prendre la seule partie du Nepal qui echappait jusqu'alors a leur emprise, sa tete pensante, la ou tout se joue, Katmandou.

Pour cela, le premier obstacle fut le roi, chef de l'armee, qui fut balaye par un soulevement presente comme pacifiste et anti-monarchie, qui ne fut en realite rien de tel. Ceux qui y ont assiste savent que les manifestations monstre d'avril furent completement infiltres de maoists durs, qui ont manipule les foules (qui ne reclamaient non pas la fin de la monarchie, mais la fin de la guerre civile et d'une decenie de marasme), ont provoque les affrontements sporadiques avec la police qui ont suffit a mettre le feux aux poudres, et a presenter le roi comme un despote pret a massacrer son peuple pour conserver le pouvoir. La stategie a paye, et le roi a renonce au pouvoir, apres la mort d'une trentaine de manifestants sur 3 semaines (la plupart de pierres ou balles perdues), beacoup sans doute mais bien peu par rapport aux hecatombes dont les grands despotes de notre siecle se rendent quotidiennement coupables. Bizaremment, il n'est pas venu a l'esprit d'un seul des journalistes occidentaux d'en conclure que soit le souverain nepalais etait un despote rate, soit qu'il avait vraiment ce souci du peuple qu'il n'a jamais cesse d'exprimer publiquement.

La monarchie active, meme parlementaire et constitutionnelle, meme garantissant l'exercice de la democratie, n'etait peut etre  pas l'avenir du Nepal, ne serait-ce que parce que son succes aurait ete trop dependant de la personnalite du roi lui meme, donnee sur laquelle le peuple n'a aucun controle. Et si, beaucoup de rumeurs inverifiees circulent naturellement sur Gyanendra, son fils, le prince Paras, est quand a lui un criminel notoire, qu'on imagine vraiment mal a la tete d'une armee...

Et puis, on le sait, la mode n'est plus aux rois, mais aux regimes democratiques made in US, regimes dont la reussite materielle fait oublier un peu vite les defauts et lacunes, et qu'on n'imagine pas ne pas pouvoir appliquer a chaque partie du globe avec le meme bonheur. La tragique experience de l'Irak n'a malheureusement pas suffit a demontrer aux pays riches, toujours si prompts a se poser en modeles, qu'on n'impose pas une democratie, meme en envahissant un pays avec l'armee la plus puissante et sophistiquees du monde, et en deversant les montagnes de dollars sur la population. Une democratie ne peut s'etablir, reussir et prosperer que si le peuple auquel elle est destine est pret,  et capable d'en surmonter les challenges.

Avant de changer de regime au Nepal, il aurait fallu se demander quelles etaient les alternatives plausibles, et  si elles etaient vraiment preferables au regime existant. Hors dans l'euphorie d'une soudaine et innatendue reconciliation entre les enemis jures, dans l'espoir de voir le conflit enfin termine et les beaux jours revenir, personne n'a pris le temps de realiser qu'a part la prise de controle progressive totale par les moaistes, aucune autre alternative de gouvernement n'etait viable.

Depuis les balbutiements de la democratie nepalaise, les partis politiques se disputent le pouvoir avec l'acharnement et le manque d'elegance d'une meute de hyenes autour d'une carcasse juteuse. Ils  fontionnent de maniere profondeement feodale, sous la main mise de la famille dirigeante, sont secoues d'incessants scandales de corruption, totalement ignorant et insensibles aux aspirations des 3/4 de la population. Ils ne disposent d'aucune legitimite, ni, pire encore, d'aucun moyen de la gagner dans les mois a venir. Pas suffisemment rapidement en tout cas pour faire le poids devant la maree maoiste,  tsunami ideologique qui engloutit tout sur son passage. C'est une course contre la montre perdue d'avance. Les vieux dinosaures de la vie politique, auto proclames champion de la democratie et representants du peuple, a l'image, emblematique, du venerable Girija, 85 ans, premier ministre agonisant cense etre celui qui orchestrera la naissance du nouveau Nepal !  ces vieux dinosaures, aveugles par l'orgueil, ne se sont pas encore apercu qu'ils ne controlent plus rien.  Ou plus probablement, ils ne veulent pas se l'avouer.

Alors que les maoistes ont ostensiblement et docilement parques dans des camps quelques miliers d'hommes, et une  fraction (minimes) de leurs armes (les plus rudimentaires), pour faire plaisir aux observateurs etrangers venus arbitrer la paix,  les YCL, structures regroupant la jeunesse nepalaise par centaine de milliers, soigneusement embrigadees et nourries aux valeurs du maoisme dans les camps d'entrainement pendant des annees, sont devenus la veritable armee populaire, en civile.  Une armee dont le devouement et la ferveur ne connaissent aucune limite, l'armee qui amenera la nomenclature maoiste, Prachanda et sa clique d'intelectuels, au pouvoir d'ici un ou 2 ans.

Prachanda lui meme a fait cette prediction: il sera president du Nepal d'ici 2 ans. Tous les chefs des partis ont ri. On verra bien.

Toujours est-il que les YCL font la pluie et le beau temps a KTM, comme dans le reste du pays, depuis deja pres de 6 mois. C'est une verite qu'il faut oser  accepter si on veut essayer d'y comprendre quelque chose. Il suffit que le gouvernement prenne une decision contre l'avis des chefs maoistes, pour que, dans les heures qui suivent, avec une rigueur et une efficacite toute militaire, les YCL se mobilisent, bloquent les routes, defilent en centre ville, ferment de force les magasins, les industries, cad prennent le pays et la population en otage jusqu'a ce que le gouvernement recule. Ce qui ne manque pas d'arriver. Certes les politiques se plaignent, de plus en plus, des methodes et du penchant manifestement peu democratique du mouvement maoiste, mais ces plaintes deviennent banales et se perdent dans le brouhaha ambiant.

En absence du roi, plus precisement de toute capacite d'intervention du roi, soigneusement deleste de tous ses droits constitutionels, rien n'arretera la montee du maoisme au Nepal. Le pays va devenir une republique communiste d'ici peu, et le peuple nepalais, si fier, si attache a sa liberte, mais tellement ignorant de l'histoire du monde, comprendra un peu tard qu'une republique communiste n'a jamais ete et ne sera jamais, democratique. Le maoisme c'est  peut etre, parfois, rarement, la reussite economique a l'image de la Chine, mais c'est partout et de tout temps, la pensee unique, la mort de la liberte d'expression, la manipulation de la verite et des consciences, et la repression severe contre tous les deviants. Ce que nous vivons maintenant  n'est qu'un avant-gout de ce qui nous attend.

Wednesday, July 25, 2007

Gap

Des qu'on cesse d'etre un simple touriste, protege derriere son appareil photo, et tenu a un agenda de visites soigneusement chronometre qui ne laisse pas de place a l'imprevu, il faut avoir la tete bien fixee sur les epaules pour s'en sortir. Les jeunes visiteurs indecis qui viennent au Nepal pour se "trouver", ne font en general que se perdre un peu plus, tant l'abscence de reperes dans cette societe ou tout est possible peut etre destabilisante pour des occidentaux non prepares. C'est un peu comme se retrouver plonge au mileu du triangle des Bermudes, ou les appareils de bord ne fonctionnent plus, et ou le pilote ne peut plus se fier qu'a sa seule l'experience, sa capacite a naviguer a vue, au mieux au feeling, cad en puisant au plus profond de lui.

La rapport a l'argent des nepalais est aussi un sujet qui meriterait a mon avis une etude sociologique complete. Il m'est difficile de resumer en quelques mots ce qui reste pour moi, meme apres tant d'annees, un sujet d'emerveillement et de confusion permanent. Je dirai seulement que les nepalais sont persuades que l'argent peut tout acheter (notamment le statut social), et que, partant de la, il est la valeur supreme. Cela peut sembler un paradoxe difficile a apprehender sachant que le Nepal est un des pays ou des religions telles que le bouddhisme ou l'hindhouisme, qui toutes deux pronent le detachement comme la seule voie vers l'accomplissement, sont pratiquees le plus ostensiblement et avec le plus de ferveur.

Je repondrai que la ferveur religieuse n'a pas grand chose a voir avec l'attitude philosophique, et que la grande majorite des nepalais ignorent les concepts abstraits fondant ces religions. Le culte ici est quotidien, et comme les grands festivals qui font l'admiration des touristes, constitue d'un ensemble d'actes traditionnels qui ponctuent la vie de tous les jours, et dont la signification originelle est le plus souvent ignoree (et denuee d'importance pour la masse). Et je me prends souvent a penser, en passant devant les temples bondes ou tous les nepalais, petits ou grands, jeunes et vieux, riches et pauvres, se melent avec la meme devotion, que le Dieu qu'ils venerent le plus ne s'appele si Shiva ni Ganesh, ni meme Bouddha.

Friday, July 20, 2007

Contemplations

Alors qu'A. atteind doucement ses 6 ans d'existence, l'age du debut de la maturite pour une association, et que 3 ans deja se sont ecoules depuis que je me suis installe au Nepal, a temps complet, en tant que coordinateur, je ressens le besoin de faire une pause au milieu de l'agitation et du chaos qui caracterise chacune de mes journees, contempler un moment le chemin parcouru, et imaginer celui qui reste a faire.
Parler de l'avenir est un exercice hasardeux, tant il est difficile ici de prevoir quoi que ce soit. C'est une verite que les visiteurs entrevoient souvent mais dont ils peinent a realiser toute l'ampleur. Il faut y vivre, pour s'en rendre compte. Tenir un engagement releve presque toujours du miracle. L'ironie est que quand on y parvient, plus ou moins, on s'apercoit que finalement ca ne servait pas a grand chose. Alors, on finit par faire comme tout le monde, laisser les choses se faire d'elles-memes, a leur rythme. La vie est incertaine, le temps approximatif, on maitrise peu de choses, et apres avoir beaucoup lute, on se rend compte qu'il n'y a pas d'autres choix que d'accepter, et s'adapter, ou partir.

Dans cet environement, ou l'imprevu est roi, les nepalais ont naturellement developpe une capacite d'adaptation extraodinaire; une incroyable flexibilite, qui les a rendu celebre de part le monde pour leur tolerance et leur ouverture d'esprit, mais qui, poussee a l'extreme, aboutit souvent a un manque total de "normes", de ce qu'on pourrait appeler chez nous la morale (bien que ce terme ait ici une toute autre dimension), ou encore de "surmoi" comme le dit si bien Dominique. Puisque tout est possible, meme le plus improbable, tous les moyens sont bons pour y faire face et s'en sortir. La corruption, qui ronge comme une peste toute la societe (et pas seulement sa classe dirigeante, loin de la) est un exemple type de cette capacite d'adaptation. La verite est que toute personne qui dispose d'une forme de pouvoir, aussi minime et temporaire soit elle, serait consideree (par ses proches, ses relations) comme profondement inepte si elle ne s'en servait pas pour obtenir un profit financier quelconque. Dans cette espece de jungle que represente la societe nepalaise, la notion d'honnetete est totalement absente, reservee aux imbeciles, aux faibles, et notamment aux etrangers avec leurs idees exotiques. Les nepalais sont capables de se plaindre publiquement de la corruption, mais uniquement de celle dont ils ont ete victimes, jamais de celle dont ils se rendent coupables, au quotidien, ceci apparemment sans realiser une minute que les deux sont intimement liees.

Cette absence totale de penchant pour l'honnetete, rend la vie en societe particulierement difficile. Tout le monde se sourit, semble se temoigner un profond respect l'un en face de l'autre, mais personne ne fait confiance a personne. Dans toute situation un peu conflictuelle, le mensonge est toujours l'option par defaut, la regle et non l'exception, parce qu'il est cense donner un avantage, rapporter un plus grand benefice. Et celui qui ment, arrive a fait croire a son mensonge, et en tire un benefice, sera publiquement desaprouve, pour la forme, mais en realite admire, et regarde comme une personne "'intelligente", d'autant plus intelligente que le profit que son mensonge lui aura rapporte sera plus grand. le mot nepalais "chalak" utilise pour cette circonstance, temoigne parfaitement de l'ambiguite de l'attitude nepalaise vis a vis du mensonge. "Chalak" c'est le fute, la crapule, mais pour laquelle on a de l'admiration.

Dans un societe ou le mensonge est considere comme un moyen legitime (pour ne pas dire incontournable) de survie, la verite est toujours elusive, insaisisable. Hors pour des cartesiens comme nous, et peut etre plus encore pour le physicien que j'ai ete une bonne partie de ma vie, ne pas arriver a saisir la verite est une experience troublante. S'il vous ai deja arrive de circuler en voiture sur une route de campagne inconnue, la nuit, sans feux, sous une pluie battante, vous aurez une idee de cette sensation. Sachant que si on peut s'arreter sur le bord de la route et attendre que l'orage passe, on ne peut pas interrompre le cours de la vie. Il faut avancer, et naviguer du mieux possible entre les obstacles, avec le peu de visibilite dont on dispose.

Gerer cette association est pour moi ce challenge quotidien. Je ne m'en plains pas le moins du monde, car en fait c'est ce challenge que j'ai choisi, ma nature (penchant psychologiques ou disposition d'esprit, comme on voudra) me rendant incapable d'apprecier les bienfaits d'une vie normale, rangee, calme, ou tout - ou presque - se passe comme prevu. Et puis Dieu merci, sous la tempete quotidienne, l'obscurite permenante, il y a des phares qui nous guident, des amities qui ne peuvent jamais etre completement sinceres, mais qui aident a eclairer certaines parties du chemin.

Les enfants sont souvent, ma premiere source d'information. Non qu'ils ne mentent pas, mais ils manquent d'experience, et leur mensonge d'enfants sont des puzzles qu'il suffit de remettre a l'endroit. La verite qui en emerge est souvent bien plus instructive que le discours tortueux des adultes.

Ce que je dis des adultes nepalais ne doit pas donner l'impression que je ne les aime pas. Si c'etait le cas, je ne resterai pas ici. J'adore les nepalais, dans leur complexite, leurs meandres, leur douceur et leur ferocite, leur vitalite, leurs contradictions permanentes, et surtout dans leur imprevisibilite. La propension au mensonge elle meme fait partie du tableau. Je la comprends, comme reflexe de survie, et je l'accepte. L'important est d'en etre conscient. Ce n'est pas toujours le cas, malheureusement, de beaucoup de visiteurs dont certains benevoles. Les occidentaux assimilent a tort la spontaneite des nepalais a de la franchise, leur proximite a de l'amitie. Cela n'a vraiment rien a voir, et le gap socio-culturel est flagrant dans cette confusion, qui engendre souvent de belles desillusions.

Saturday, June 16, 2007

Tremblements de terre et Elections

Une rumeur court a KTM depuis qqs jours. Un grand tremblement de terre devrait avoir lieu en debut de ce mois (Asadh). D'ou vient elle ? une prevision astrologique apparemment, pondue par un yogi/guru de la vallee. Certains sont meme plus precis, et pretendent que le grand tremblement aura lieu le 6, a 6h05. La NEA, compagnie nationale d'electricite, aurait deja prevu de couper le courant sur toutes ces lignes 2 jours avant l'evenement....

Le ministere de l'interieur a beau dementir, tout le monde y croit dur comme fer. C'est cela le Nepal. ke garne.

Puisqu'on en est aux previsions, en voici une personnelle: les elections n'auront pas lieu. Pourquoi ? Parce que les maoistes n'en veulent pas et n'en ont jamais voulu. Les maoistes ne veulent qu'une chose, le pouvoir, et ils sont pret a tout pour y arriver, y compris ce simulacre de democratie auquel ils se pretent depuis un an. Ils ont d'ailleurs, malgre tous leurs efforts, beaucoup de mal a etre credibles, et les deguisements en tout genre masquent difficilement leur veritable nature.

Contre la corruption oui, contre la main mise d'une classe feodale sur le pays oui, mais aussi contre la liberte, ou plutot les libertes, toutes les libertes. C'est la nature meme de la pensee communiste, unique et totalitaire. Le plus surprenant c'est que les grands guru, les penseurs et communicateurs du mouvement arrivent a faire croire au peuple nepalais, et a une partie de l'occident, que la republique communiste nepalaise sera democratique.... chapeau.

Tuesday, June 12, 2007

Ecriture

Je me suis longtemps retenu d'ecrire, sur ma vie ici, au Nepal. Non que je n'ai aucun gout pour l'ecriture, j'ai toujours ete porte vers elle, depuis tout jeune, particulierement sensible au rythme de la phrase, aux charmes de la melodie et  des sonorites, aux mots justes, et plus encore qu'aux mots eux memes, a leur carrence, leur absence, et a ce qu'elle evoque. Tant il est vrai que le plus important est toujours ce qui n'est pas ecrit.
Ce n'est pas non plus faute d'avoir ete maintes fois sollicite, par tous ceux qui, amis ou proches, ont cherche a comprendre ce que pouvait etre la vie quotidienne de quelqu'un avec un parcours hors norme.
Non, si je n'ai pas voulu jusqu'a maintenant livrer mes pensees a l'ecriture, c'est d'abord par pudeur. Parce que je vis, oui plutot j'ai vecu ou cours de ces dernieres annees, tellement de choses si fortes et si personnelles qu'il me serait impossible d'en parler sincerement sans etre contraint de devoiler mes pensees les plus secretes, mes sentiments les plus profonds qui, finalement, n'appartiennent qu'a moi.
C'est aussi parce que pour ecrire, il faut pouvoir se poser, pouvoir s'extraire de l'agitation du quotidien pour se regarder, contempler son existence et celle des autres. Etant constamment, ou presque, dans l'agir, l'urgence du choix, je n'ai que peu de temps pour la contemplation.
Ce temps de reflexion, sur moi meme, me manque pourtant a mesure que le temps passe. Je m'en rends compte. Il ne peut s'agir que de gerer l'urgence. L'action ne peut etre guidee que par l'action elle meme. Il lui manque un but, une finalite superieure. Sa raison d'etre.